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Nouvelles du Canada 


2007-06-18

Notes pour une allocution de Jean-Pierre Gilardeau à titre de président d'honneur du Rendez-vous International de Sherbrooke sur les applications du Développement Durable

Notes pour une allocution de
Monsieur Jean-Pierre Gilardeau

Président
Alcoa Canada


Rendez-vous International de Sherbrooke sur les applications du
Développement Durable
Seul le texte prononcé fera foi

«  Trois défis de leadership pour faire avancer le Développement Durable »
Université de Sherbrooke
Le 18 Juin 2007

Mesdames, messieurs,
Bonjour.

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui, et je remercie les organisateurs de ce Rendez-vous International sur les applications du Développement Durablede m’y avoir invité.   Cette conférence et la préparation que j’y ai apportée, m’ont permis de mieux cerner les enjeux et d’approfondir ma connaissance du sujet.   Je vous remercie pour cette opportunité.

Je voudrais profiter de ces quelques minutes pour vous donner mon sentiment concernant les défis qui nous attendent, si nous voulons faire du Développement Durable la solution aux problèmes qui nous affectent.


  1. Mais pour mieux comprendre ces défis, je vous propose de commencer tout d’abord par un bilan rapide de la situation actuelle.
Du Côté Environnement, qui est souvent la vitrine la plus manifeste du Développement Durable, le constat d’alarme est assez largement médiatisé, que ce soit pour les problèmes de changement climatique,de manque d’eau qui affecte actuellement près de 1 personne sur 3, de gestion des déchets, de déforestation, ou encore, d’érosion des sols. 

Je ne m’étendrai donc pas davantage sur ce volet, quoiqu’il soit encore évident  que peu de gens  en saisissent le sérieux au point de changer leurs habitudes de vie.

Le constat en matière Sociale est plus difficile à faire. ll y a certaines tendances générales positives : les revenus moyens ont augmenté de 22% dans le monde et le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a diminué de 130 millions.

Mais il existe encore des phénomènes inquiétants comme: la pauvreté, le nombre trop élevé de jeunes enfants qui travaillent encore dans le monde, le sida et, plus près de nous, le stress au travail et la santé, qui coûte de plus en plus cher à la société québécoise et canadienne 1.   Et cela sans parler du problème de gestion de la relève qui commence à affecter nombre de pays industrialisés.

Coté Économie, le constat est marqué du sceau de la mondialisation, qui offre son double visage mi-ange, mi-démon.  

Il y a aujourd’hui à travers la planète quelque 70 000 sociétés internationales, avec environ 700 000 filiales et des millions de fournisseurs. Ensemble, ils constituent un réseau formidable qui, outre la création d’emplois et le transfert de technologie, a grandement contribué à la diffusion d’une prise de conscience en matières d’environnement, de lutte contre les discriminations et de droits humains 2. Ses répercussions en matière de transport et de circulation de l’information, ont permis à de nombreuses PMEs d’accéder à des marchés à l’autre bout du monde, comme certains de nos fournisseurs peuvent en attester ! Cependant, il y a un envers au décor.

Par exemple, dans certains pays, la capacité de gouvernance est faible et la protection des droits de la personne et l’application de la réglementation de l’environnement sont souvent inefficaces, voire inexistantes. Les compagnies qui exercent dans ces pays doivent donc renforcer leur régie interne et leur propre capacité de gouvernance.

Au cours de ce bref bilan, j’ai peut-être donné l’impression qu’il était possible de séparer les problèmes environnementaux, sociaux et économiques. Or c’est là que réside la difficulté fondamentale, car la plupart de ces problèmes sont en fait inter-reliés !

Du coup, la question de fond devient: comment résoudre tous ces problèmes environnementaux, sociaux ou économiques, sachant qu’il nous faut les aborder sous plusieurs angles en même temps ?

Nous sommes aujourd’hui dans une situation assez paradoxale, où d’un côté les cris d’alarme concernant notre futur sont de plus en plus vigoureux, et de l’autre côté les applications des principes du Développement Durable semblent se multiplier.

Quels enseignements doit-on en tirer ? Il me semble qu’on pourrait le résumer en disant que nous sommes sur le bon chemin, mais que nous sommes partis bien tard, et qu’il nous faut accélérer le pas sous peine de devenir « le lièvre de la fable ».
2. J’aimerais illustrer ce propos en vous décrivant la situation actuelle d’Alcoa.
Nous avons la chance d’avoir un « beau » produit, l’aluminium, qui peut faire partie de la solution à long terme de bien des problèmes. Il est « durable » et peut être recyclé presque indéfiniment: plus de 70% de l’aluminium produit dans le monde depuis le début de cette industrie, soit un siècle, est encore en utilisation. Son recyclage économise 95% de l’énergie nécessaire pour la fabrication de nouveau métal. L’aluminium, plus léger que certains matériaux traditionnels, réduit le poids des véhicules et diminue les émissions de gaz à effet de serre, les GES. En fait, 1kg d’aluminium utilisé en remplacement de matériaux traditionnels dans le transport équivaut à une baisse de 20 kg de GES sur la durée de vie d’un véhicule.

Par ailleurs, nous nous sommes engagés dans des actions environnementales ou sociales depuis longtemps.
  1. Nous nous préoccupons de Santé et de Sécurité et grâce à la mise en place de programmes qui font maintenant partie de notre culture nous avons réduit nos accidents avec perte de temps de façon significative.   En fait, nous n’avons eu aucun accident avec perte de temps depuis plus d’un an et demi dans toutes nos alumineries du Québec qui comptent plus de 3 500 employés.   
  2. En matière de GES, nous avons été la première entreprise au Québec à  signer en 2002 avec le gouvernement du Québec une entente de réduction volontaire de nos émissions. Nous avons atteint nos objectifs pour la période 2002 à 2005 et sommes en bonne voie pour ceux de 2006-2007.  Si tout va comme nous le pensons, nous aurons réduit de 10% nos émissions totales par rapport à 2001.
  3. Nos usines sont toutes certifiées ISO 14 001 et elles ont toutes obtenu l’attestation « Ici on recycle » de Recyc-Québec.
  4. Nous avons de nombreux partenariats et programmes sociaux tels :les programmes de la Fondation Alcoa qui encouragent nos employés à s’engager bénévolement dans leur communauté; le projet « 10 millions d’arbres »; les actions effectuées dans le cadre du Jour de la Terre et de la Semaine nationale de réduction des déchets.
  5. Nous avons mis en place des comités consultatifs communautaires dans chacune des régions où nous opérons et nous avons lancé en 2006, un comité consultatif sur le Développement Durable pour nous conseiller sur l’intégration des attentes de la société québécoise dans nos processus d’affaires.
Mais nous savons que ce n’est pas assez parce que nous restons un grand consommateur d’énergie,nous faisons partie des grands émetteurs industriels du Québec,nous avons un enjeu important de renouvellement de la relève dans les régions où nous opérons et nous pouvons lourdement influer sur la qualité de vie des communautés locales où nous sommes implantés.

Nous avons bien conscience que pour répondre à ces enjeux, nous devons aller plus loin et faire encore plus.  Mais pour y parvenir, il va nous falloir relever au moins trois défis de leadership, que je crois assez universels. Je vais vous les décrire maintenant.

1er Défi: penser et travailler à long terme.

Cette notion de « durée » est la condition essentielle pour l’obtention de résultats dans de nombreux domaines :
  1. Les avancées technologiques majeures demandent des sommes considérables, des années d’investissement, de recherche et de tests avant d’être industrialisées.
  2. Les changements de comportement requièrent beaucoup de sensibilisation, de temps et d’attention pour être effectifs.  Les québécois ont eu besoin d’une génération pour accepter le port de la ceinture de sécurité 4.
  3. Le renouvellement et la régénération des ressources naturelles, par exemple le bois, ont des cycles qui s’étendent parfois sur plusieurs décennies.
  4. L’adaptation de nos processus doit se faire dans la concertation, mais cette approche prend parfois plus de temps pour implanter un vrai changement.
Et il me semble que pour relever ce défi de « durée », nous devrons :
  1. Oublier la durée souvent courte de nos mandats, en osant entreprendre des actions dont nous ne verrons pas toujours les bénéfices.
  2. Avoir une vision long-terme, supportée par une démarche structurée.
  3. Composer avec la pression des résultats courts termes et nos objectifs longs termes. Ne pas faire des choix compromettant notre vision long terme.
2e Défi : mobiliser davantage nos parties prenantes, internes et externes. Les problématiques auxquelles nous sommes confrontées concernent de nombreux acteurs parfois très différents les uns des autres que ce soit :  les gouvernements,les municipalités, les ONG, nos employés,les citoyens, les financiers, les fournisseurs et finalement, nos clients. Or souvent, on met en place des solutions chacun de notre côté au lieu d’avoir une démarche concertée. Ceci peut amener à des désaccords, des retards ou des blocages et peut nuire à l’obtention de bons résultats. La gestion actuelle de la réduction des GES en est un bon exemple. Il devient donc indispensable de mobiliser nos parties prenantes, de façon plus systématique. Il y a à cela de nombreux avantages :crédibilité,  diminution des résistances et des conflits, apport d’information et d’idées nouvelles, partage des responsabilités plus efficace..Cela requiert cependant une adaptation de notre mode de leadership et l’application de nouvelles règles du jeu. Il faut:
  1. Reconnaître la valeur ajoutée de toutes les parties prenantes, quelles qu’elles soient;
  2. Être plus transparent dans nos échanges d’information;
  3. Accepter d’élargir nos processus décisionnels;
  4. Dépasser les barrières culturelles liées à notre rôle, nos fonctions ou notre organisation.
3e Défi: passer véritablement aux actes. S’engager concrètement dans le Développement Durable n’est plus une alternative parmi d’autres possibilités. C’est devenu une nécessité. En premier lieu, parce qu’il y a urgence, tels que la lutte contre la pauvreté ou les changements climatiques. Ensuite, parce que agir immédiatement sera toujours moins coûteux que d’agir tardivement.  Le rapport Stern estime que le coût global, de mitigation des effets du changement climatique, serait de 5 à 20 fois supérieur pour des actions entreprises au-delà d’un horizon de 10 ans comparativement à les faire maintenant 5. Enfin, parce qu’on sait que les changements qui aboutissent, sont en grande majorité ceux qui sont initiés ou soutenus par les leaders. Leur engagement permet également de garantir la cohérence d’ensemble de ces changements, qui devront se traduire tant sur les processus décisionnels que sur les systèmes d’information, de mesure et de reconnaissance. Donc, si nous voulons relever avec succès ces trois défis, que je viens de mentionner soient :
  1. travailler à long terme
  2. Mobiliser nos parties prenantes et
  3. Passer aux actes
les changements à appliquer à notre leadership et à notre façon de faire sont assez significatifs. En conclusion, j’ai envie de vous proposer, de nous proposer, un quatrième défi.  Pourquoi, chacun d’entre nous, ne prendrions nous pas, à l’issue de ces trois jours, un engagement d’application du Développement Durable  que nous consignerions dans le livre du Rendez-vous. Ce livre est situé à l’entrée du centre culturel, et l’application réelle de nos engagements sera mesurée dans quelques mois, par les organisateurs de ce Rendez-vous.   Prenons date, et voyons si nous sommes capables de relever ces défis, pour nous et pour les générations à venir. Je vous remercie.

Sources
(1) – Université Laval, 2005
(2) – World Investment report, 2005
(3) - Conseil économique et social, 2006
(4) – Ministère du Transport du Québec, 2002
(5) – Rapport Stern, 2006


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